[Opinion] Pourquoi le jeu vidéo solo me lasse

Vous l’avez sans doute remarqué, je ne parle guère souvent de jeu vidéo solo sur ce blog et en même temps, c’est pour ça que j’ai souhaité créer un blog dédié au jeu vidéo multijoueur ;). Cependant, il me parait intéressant de vous exposer mon point de vue sur le jeu vidéo solo afin de vous faire comprendre pourquoi je fais essentiellement du jeu multi aujourd’hui. Non pas pour vous raconter ma vie mais plutôt vous proposer une analyse de l’évolution du jeu vidéo et pourquoi je pense que le solo doit se renouveler pour ne pas lasser son public.

 

Le jeu vidéo solo : une expérience cinématographique avant tout ?

Mes expériences solo les plus marquantes

Durant de nombreuses années, le jeu vidéo solo m’aura marqué par ses histoires, ses personnages et univers. Parmi les expériences solo qui m’auront le plus marqué, je pense sans trop en oublier à ces jeux cultes (ordre complètement aléatoire) :

  • Resident Evil 1
  • The Last of us
  • Uncharted 2
  • Half-life 1
  • The Witcher 3
  • Tomb Raider 2 et peut-être quand même le reboot de 2013
  • Bioshock 1 ou 2 (j’hésite)
  • Dead Space 1 ou 2 (j’hésite encore !)
  • God of war 3
  • Mass Effect 1 et 2
  • Les Total War (surtout Shogun 2, Napoleon et Rome 2)
  • Les quelques Zelda que j’ai pu faire (A Link to the Past, Twilight Princess ou bien sûr Breath of the Wild)

Une ambiance et un univers avant tout

Rien de très original vous en conviendrez et ne me jetez pas la pierre si je n’ai pas mis d’autres jeux cultes, c’est sûrement parce que je ne les ai pas faits ! Si on regarde cette liste, à l’exception des Total War (et encore) et du Zelda A link to the Past, tous ces jeux offrent pour moi des expériences que je qualifierais de cinématographiques. J’aime Resident Evil 1 et Dead Space pour leurs ambiances terrifiantes tout comme on peut aimer Alien pour faire un parallèle avec le cinéma. De la même manière, j’ai été captivé par The Last of us pour son ambiance post apocalyptique et la relation passionnante entre Joël et Ellie, comme j’ai pu l’être avec le film Je suis une Légende dont il s’inspire. Idem pour The Witcher qui m’a plongé dans un univers d’Heroic Fantasy que j’adore tout comme Games of Thrones ou Le Seigneur des Anneaux ont pu le faire.

 

Ces 3 jeux m’ont marqué par leurs univers et personnages

Le jeu vidéo solo, pour moi c’est avant tout une expérience avec un univers qui doit me séduire, des personnages auxquels je dois m’attacher et une histoire qui tienne la route. Sans ces ingrédients, je décroche comme dans n’importe quel film ou livre. Alors bien sûr sans un bon gameplay, le jeu ne pourra être considéré comme culte. J’ai en tête quelques malheureux exemples d’univers très réussis entachés par du gameplay moyen comme No Man’s Sky et la campagne solo de Star Wars Battlefront II. Mais à la base, c’est vraiment l’univers qui DOIT plaire dans un jeu solo. Pour moi c’est comme un film, si vous n’aimez pas l’Heroic Fantasy, vous n’aimerez pas Le Seigneur des Anneaux qui est pourtant considéré comme un chef d’œuvre… Côté jeu vidéo, vous n’avez pas vu de Final Fantasy dans “ma liste” car je ne suis pas fan des RPG japonais, c’est pareil.

Il fut un temps où seul le gameplay comptait

Ce qui est intéressant de voir dans l’histoire du jeu vidéo, c’est que ce constat que je livre était bien différent aux début des jeux vidéos jusqu’au milieu des années 90. A l’époque, les moyens techniques ne permettent pas de créer des expériences “cinématographiques” : 3D trop limitée, son MIDI ne permettant pas de retranscrire correctement la voix, Intelligence Artificielle encore peu développée, capacité de stockage des supports… C’est une époque où les studios doivent davantage miser sur le gameplay pour compenser les limitations techniques. Je dirais que c’est à partir de l’ère des consoles 32 bits (la PS1 est sortie en septembre 1995 en Europe) que l’on commence à découvrir des jeux beaucoup plus immersifs avec notamment la 3D et le support CD offrant plus de capacité. De génération en génération, les consoles et les PC deviennent toujours plus puissants et permettent de développer des jeux toujours plus “photo-réalistes”.

 

Aujourd’hui, pour moi, on joue à un jeu vidéo solo comme on consomme une série ou un film, pour le spectacle qu’il procure (avec l’interactivité en plus). Sur les grosses productions d’ailleurs, de vrais acteurs remplacent les traditionnels modèles 3D avec toutes les technologies de CGI et de motion capture qui se sont développés.

 

Le syndrome de la suite…

Cela fait plus de 25 ans que je joue aux jeux vidéos et je suis toujours bluffé de voir à quel point la technologie permet aujourd’hui de se rapprocher d’un rendu de film. Prenez le premier Assassin’s Creed sorti en 2007 et comparez-le avec Assassin’s Creed Origin’s sorti en 2017 et vous voyez qu’en 10 ans, il y a eu énormément de progrès techniques. Encore plus impressionnante, c’est la comparaison entre le 1er Tomb Raider en 1996 et son dernier épisode sorti en 2015 (presque 20 ans d’écart cette fois !). Mais vous me voyez certainement venir car justement, les exemples que je cite… sont des suites. Et c’est là que le bât blesse : depuis que je joue, je n’ai jamais vu autant de suites et de reboots ces dernières années… Sans parler des remake HD.

Le palmarès de la suite

J’ai repris d’ailleurs le palmarès des jeux de l’année des Gamekult Awards et je trouve que c’est assez édifiant :

Palmarès des jeux de l’année Gamekult Awards

2009 : Uncharted 2
2010 : Red Dead Redemption
2011 : Skyrim
2012 : Dishonored
2013 : The Last of Us
2014 : Super Smash Bros.
2015 : The Witcher III
2016 : Dark Souls III
2017 : Zelda Breath of the Wild

Vous remarquerez que depuis 2014, les jeux de l’année sont en fait des suites et qu’aucune nouvelle licence n’a été élue depuis The Last of Us en 2013… Alors attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas de nouvelle licence de très bonne qualité tous les ans, mais juste, il y en a moins et surtout, elles ne tirent plus autant leur épingle du jeu face aux licences bien installées. Je ne dis pas non plus que certaines suites ne sont pas de bonne facture hein, j’ai adoré notamment les 3 derniers jeux de l’année élus aux GK Awards ! Mais voilà, rien de très “nouveau”. On pourra aussi noter l’estime des joueurs pour les jeux solo puisque ce classement ne contient QUE des jeux solo 😉

Le gavage

Je vais troller aussi un peu mais depuis que la PS4 et Xbox One sont sortis, c’est un peu devenu l’ère de la remasterisation. Je ne vois pas un mois passer sans un jeu portant la mention HD ou remaster… C’est l’occasion pour les joueurs de découvrir des jeux cultes qu’ils n’ont pas faits à l’époque me diriez-vous ? Pas faux, mais ce sont autant d’investissements en temps et en argent qui ne sont pas faits dans des nouvelles licences ! Et tant que ça se vend, les studios ne vont pas s’en priver (et je les comprends quelque part).

Je me sens “gavé” par ces suites. Ça me fait un peu le même effet que les films de super héros au cinéma. Au départ, on se régale parce qu’on voit les héros de son enfance (dessins animés ou comics) dans des super grosses productions et on est bluffé : Iron Man, Avengers, les Batman de Nolan pour ne citer qu’eux. Et puis, viennent les suites, les re-suites, les cross-overs… et le gavage. Et bien les jeux c’est la même chose pour moi : Assassin’s Creed, on prend le même gameplay tous les ans, on change le décor et on recommence… Heureusement que Ubisoft a fait faire une pause à la série pour revenir avec un Assassin’s Creed Origins plus frais d’ailleurs ! Call of Duty c’est la même (en beaucoup plus court pour le solo). Resident Evil, je n’en parle pas tellement il y a eu d’épisodes mais je leur reconnais quand même une volonté de changement (ou se cherchent-ils encore ?).

Le paradoxe du bon jeu solo trop long

Alors il y a comme je disais des exemples de très bonnes suites qui savent heureusement se renouveler ou même de nouvelles licences qui cartonnent (l’année dernière : Cuphead ou encore Prey)… mais voilà, sur un plan plus perso, je n’y arrive plus avec les jeux solo. Manque de temps peut-être, fatigue qui m’empêche de profiter pleinement du scénario ou encore sensation de répétitivité, mes sensations sont partagées sur mes dernières expériences solos. Assassin’s Creed Origins et Zelda sont 2 jeux sublimes mais leur richesse fait que j’ai fini par abandonner : le 1er propose trop de quêtes “FedEx” (consistant à aller livrer un objet d’un point A à un point B) et un scénario finalement assez convenu quand le 2ème a fini par avoir raison de moi devant le nombre de sanctuaires trop important. Ce dernier point est paradoxal je vous le concède puisque j’adorais faire ces sanctuaires justement.

Mais je pense juste que trop, c’est trop. Vous pourriez rétorquer que je pourrais très bien éviter tout ce qui est quêtes annexes et me concentrer sur l’aventure principale… vous avez raison mais je n’y arrive pas et c’est encore le gros paradoxe que j’ai avec ces 2 jeux. J’adore les explorer de fond en comble car les paysages sont sublimes mais je déteste aussi quelque part leur surenchère de contenus (surtout Assassin’s Creed). Donc “rusher” ces jeux-là serait une frustration car j’aurais l’impression de passer à côté de choses superbes et en même temps, les “poncer” me lassent. Triste dilemme… c’est mon problème d’ailleurs avec les jeux solo à monde ouvert de manière générale.

Un petit bout de la carte d’Assassin’s Creed Origins et sa myriade d’objectifs

Overdose d’open world ?

Regardez d’ailleurs tous les derniers gros succès en matière de jeux purement solo et vous verrez en effet qu’ils ont quasiment tous un point commun : l’open world. On dirait qu’il n’y a plus que ça qui marche : The Witcher 3, Zelda Breath of the Wild, Metal Gear 5, Horizon Zero Dawn et évidemment l’increvable GTA V (car c’est quand même GTA qui a lancé l’open world)… Lassé par les jeux linéaires et rêvant de mondes toujours plus grands et où nous sommes libres de nous déplacer, les studios nous ont donc servis… et gavées encore. A force de faire la course à la carte la plus grande et au contenu, nous nous retrouvons avec des jeux aux durées de vie affolantes mais au contenu de plus en plus répétitif.

Les fameuses quêtes “FedEx” ou ou encore le farming où l’on doit récolter des objets pendant des heures et des heures pour avoir une pièce d’équipement gonflent artificiellement la durée de vie d’un jeu. Mais, j’ai eu ma dose perso et j’en viendrais presque à regretter un bon vieux Call of Duty avec ses maps en couloirs et ses 5h de campagne ! Sauf que ce genre de jeu “pop corn” me lasse aussi par ses scripts à gogo qui deviennent trop prévisibles…

 

La longévité / rentabilité des jeux multi

Multi = Gameplay first !

Un truc qu’un bon jeu multi n’a pas besoin de faire justement, c’est de gonfler artificiellement sa durée de vie. En effet, pour moi, les jeux multi misent avant tout sur le gameplay et le plaisir de jeu à plusieurs. Et c’est en général ce gameplay qui définit si le jeu va avoir une bonne longévité ou pas : accessibilité, courbe de progression, jouabilité à haut niveau sont je pense les clés d’un succès multijoueur. Le contenu lui, bien qu’il en faille un minimum, peut parfois être léger et pourtant permettre au jeu de durer très longtemps. Il suffit en fait que le concept plaise et que les gens s’amusent. C’est moins le cas d’un jeu vidéo solo où lorsque vous finissez l’histoire, vous ne la recommencez que dans de rares cas (pour ma part, je n’ai jamais le courage de refaire un jeu solo même si j’ai adoré celui-ci)…

Prenons exemple sur Bomberman, ce jeu avec juste son niveau de base, peut vous faire passer des dizaines d’heures avec vos amis juste par son fun. PUBG avec une seule map (certes immense) et un seul mode de jeu m’a fait joué une centaine d’heures sans que j’éprouve absolument le besoin d’avoir une 2ème map. La coopération avec d’autres joueurs, l’envie constante de progresser, le challenge relevé en font un jeu à la durée de vie colossale ! Aussi, la dimension sociale d’un jeu multi peut à elle seule aussi garantir le succès d’un jeu : il n’y a qu’à voir le plaisir que l’on prend à faire simplement une partie de Tetris avec un pote…

Born to live… longer

Le jeu multi est également de plus en plus pensé pour durer : mise à jour continue, nouveaux contenus (modes, cartes, personnages…) et développement du jeu sur la scène e-sport. On parle d’ailleurs de plus en plus de jeu-service. Pour un éditeur, c’est un investissement souvent plus rentable, les jeux multi pouvant durer plusieurs années voire la dizaine pour les meilleurs. Un jeu vidéo solo, même avec du DLC ne durera maximum que quelques courtes années voire seulement quelques mois pour la plupart ou finira par nécessiter une suite pour durer (et donc un nouveau développement). Plus rentable pour les éditeurs et quelque part aussi pour les joueurs puisque qu’un jeu multi durant généralement plus longtemps, cela permet in fine d’acheter moins de jeux. A une époque où j’enchaînais les jeux solo, je pouvais facilement acheter un à deux jeux par mois pour avoir “ma dose” de jeu. Aujourd’hui, jouant essentiellement à du jeu multi, j’achète au maximum un jeu tous les 2 mois.

 

Repenser le solo avec de nouvelles expériences ?

Netflix-moi ces jeux

Personnellement, ce qui me ferait revenir sur du jeu vidéo solo serait une vraie refonte de l’expérience. Beaucoup de nouveaux concepts sont d’ailleurs notables et mériteraient d’être un peu plus généralisés je pense. Le jeu vidéo épisodique par exemple permet au joueur d’avoir des pauses dans son aventure et peut permettre d’éviter l’effet gavage. J’avais adoré notamment le 1er Walking Dead de Telltate qui se découpe en 5 épisodes et forme une saison.  Mais ce genre est encore trop restreint au jeu d’aventure, c’est dommage. Par exemple, il serait intéressant je pense qu’un Battlefield 1 propose ses différentes histoires solo en format épisodique afin de prolonger la durée de vie du solo dans le temps.

The Walking Dead de Telltate’s et son format épisodique

Du solo en multi… ou pas

Puisque l’on parle de Battlefield, se pose la question de l’intérêt ou pas d’avoir du solo dans un jeu multi… Aujourd’hui, je ne prends même plus le temps de faire le solo sur des jeux à dominante multijoueur : Battlefield copie Call of Duty sur le solo et propose quelque chose de trop scripté à mon goût. Mais si ces jeux encourageaient à faire le solo pour avoir ne serait-ce qu’un bonus en multi ou du moins préparer au mieux le joueur au mode multijoueur, là, ça m’intéresserait sûrement davantage. Le solo façon “tuto” dans un jeu multijoueur, j’y crois davantage que le mode “histoire”. Les derniers exemples me donneront raison je pense : Star Wars Battlefront II avec son solo façon tir aux pigeons, Dragon Ball FighterZ avec son histoire soporifique… Ou tout simplement si les éditeurs arrêtaient de proposer du solo sur ce genre de jeux ? Ça laisserait plus de temps au studio pour optimiser le multi 😉

La prise de risque

Mais revenons au pur jeu vidéo solo. Parmi les concepts qui me hypent actuellement, il y a Detroit Become Human qui propose des histoires aux choix multiples et surtout cruciaux. Pas mal de jeux l’ont déjà expérimenté (The Witcher 3, Divinity Original Sin II) mais j’ai quand même l’impression que Detroit va un cran au dessus et ça c’est top ! Il ne faut pas non oublier les studios indépendants qui prennent plus de risques et proposent toujours des concepts géniaux et/ou misent sur le côté rétro : je pense à Cuphead, ce shoot arcade 2D ressemblant à un dessin animé des années 30 et à la difficulté corsée ou également à Hotline Miami, jeu d’action vue de dessus en pixel art.

Illustration d’un arbre de décisions du joueur dans Detroit Become Human

La VR : le cinéma 4D du jeu ?

Il y a aussi du potentiel avec la VR qui pourrait largement donner un second souffle aux expériences solo. Prenons par exemple Resident Evil VII qui aux dires des gens qui l’ont testé en VR (je n’ai pas eu cette chance) ont vécu une expérience autrement plus flippante que sur un simple écran. Mais voilà la technologie est encore jeune, perfectible et chère, donc je crains que pour le moment, ça ne suffise pas à renouveler globalement nos expériences solo.

Resident Evil VII en VR est parait-il très flippant !

 

Le jeu vidéo solo a encore de beaux jours

Malgré cette lassitude qui me pousse de plus en plus vers les jeux multi, je pense que le jeu vidéo solo a encore un avenir certain. Tout d’abord pour les nouveaux concepts et technologies qui émergent et que j’ai évoqués ci-dessus. Mais aussi parce que les ventes de jeux solo se portent globalement bien ! Il n’y a qu’à regarder du côté de la Switch dont le top 3 de ses ventes de jeux contient 2 jeux solo :

  1. Super Mario Odyssey vendu à plus de 9 millions d’exemplaires
  2. Mario Kart 8 Deluxe à 7,3 millions
  3. The Legend of Zelda : Breath of the Wild à 6,7 millions
Chiffres officiels Nintendo

Cependant, tout n’est pas rose et on note quand même de plus en plus d’échecs côté jeu vidéo solo : Mirror’s Edge Catalyst, Mass Effect Andromeda et même des bons succès critiques mais qui n’ont pas eu des ventes terribles comme Prey, Dishonored 2 et The Evil Within 2… La mode de l’open world ? Le phénomène Battle Royale ? Une tendance des joueurs à regarder de plus en plus Twitch (au lieu de jouer) ? Difficile à dire mais une chose est sûre, Red Dead Redemption 2 se vendra par palettes en fin d’année et je craquerai sans doute… mais surtout parce qu’il proposera a priori un gros mode multijoueur 😉

Red Dead 2 sera encore plus passionnant grâce à son mode multi annoncé comme ambitieux

 

 

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